Né le 1er janvier 1888 à Moguilev (Russie, URSS, Biélorussie), fusillé comme otage le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; joaillier.

Moïse Heller, fils d’Élie et de Mina, née Pleskine, réfugié russe, de confession juive, était divorcé de Suzanne Dehlinger. Il habitait avec son amie Renée Evans, 36 rue Saint-Lambert, à Paris (XVe arr.). Il était arrivé en France à l’âge de dix ans, avait demandé sa naturalisation en 1930 mais elle lui avait été refusée sous le motif qu’il n’avait pas rendu de service à la France, ne s’étant pas engagé pendant la guerre de 1914-1918.
Joaillier, il s’associa avec Raphaël Brudo, un Belge, né à Anvers la même année que lui. Dans leur établissement, situé 9 rue Sainte-Anastase (IIIe arr.), travaillaient une vingtaine d’ouvriers. Après la mobilisation, ils n’étaient plus que quatre. En septembre 1939, Moïse Heller s’engagea, fut reconnu apte par la commission de révision, mais ne fut pas appelé. En novembre 1939, il fut envoyé au Dépôt, accusé d’avoir tenu des propos « antifrançais » dans un café. Moïse Geller argua qu’il était victime d’un voisin jaloux de sa situation et il n’y eut pas de suite judiciaire.
Le 17 juin 1941, il fut arrêté pour injures publiques et propos antinationaux envers l’amiral Darlan, chef du gouvernement de Vichy. Quarante-huit heures plus tard, il fut condamné par la 12e chambre du tribunal correctionnel à quinze jours de prison avec sursis, au grand dam du commissaire de police des quartiers Archives et Sainte-Avoie. Celui-ci écrivit le 20 juin dans un rapport : « Tout heureux de s’en être tiré à si bon compte Heller continue à faire plus ou moins clandestinement de la propagande gaulliste. Il fréquente d’ailleurs plusieurs membres du Parti communiste dissous qui ont proféré des menaces à l’égard du dénonciateur [...] connu de nos services pour son ardent patriotisme. » En conclusion, il proposait au directeur de la police judiciaire son internement.
Il fut créé au sein des Renseignements généraux, en 1937, une Section spéciale de recherche (SSR) chargée de la surveillance politique des étrangers dans le département de la Seine. Il y eut plusieurs « rayons », « espagnol », « russe », « italien », « allemand », « polonais »... Rompant avec le principe de la nationalité, fut créé en octobre 1941 un « rayon juif », chargé de surveiller les étrangers comme les Français. Les Allemands étant à Paris, il n’était plus question de les surveiller. La direction du « rayon juif » fut confiée à son ex-responsable, le brigadier-chef Louis Sadosky, promu inspecteur principal adjoint. Celui-ci n’eut qu’un objectif, donner satisfaction à ses chefs de la direction des Renseignements généraux. Chargé d’arrêter des Juifs, il ne faillit pas, il établit un fichier des « Juifs suspects », et n’hésita pas à falsifier les rapports des inspecteurs qu’il avait sous ses ordres. Lui-même se vantait d’avoir fait fusiller entre soixante et quatre-vingts personnes.
Deux inspecteurs se présentèrent le 8 juillet 1941 dans l’atelier de bijouterie de Moïse Heller qui fut immédiatement interné à la caserne des Tourelles (XXe arr.). L’un des deux inspecteurs écrivit : « Juif. Réfugié russe communiste. Propagandiste actif. Avait tenu des propos injurieux à l’adresse de M. l’Amiral Darlan. » Louis Sadosky ajouta : « Propagandiste antinational. »
Le 22 août, il fut transféré au camp de Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis), réservé aux Juifs, puis, le 15 décembre, passé par les armes au Mont-Valérien. L’amie de Moïse Heller, Renée Evans, trente-neuf ans, témoigna après la Libération devant la commission d’épuration de la police ; elle révéla que la dénonciation d’un industriel de l’impasse Saint-Claude, à Paris (IIIe arr.), était à l’origine de l’arrestation de Moïse Heller. Le délateur fut incarcéré en septembre 1944.
Sources

SOURCES : Arch. PPo, BA 2439, KB 95, 77W 52. – DAVCC, Caen, otage B VIII dossier 2 (Notes Thomas Pouty). – Louis Sadosky, brigadier-chef des RG, Berlin 1942, CNRS Éd., 2009. – Serge Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit. – Site Internet CDJC. – Site Internet Mémoire des Hommes.

Daniel Grason

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