Né le 10 janvier 1926 à Lannion (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), fusillé le 6 mai 1944 à Ploufragan (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) ; mécanicien ; membre du Parti communiste clandestin ; résistant FTPF.

Émile Henry était le fils de Jean Henry, né le 31 mai 1901 à Lambézellec (Finistère), qui exerçait le métier de mécanicien au bourg de Ploumilliau (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) et qui se maria le 25 avril 1924 avec Louise, Marie, Alexandrine Le Cloarec à Lannion. Père de six enfants, Jean Henry fut arrêté le 9 janvier 1944. Interné à Belfort, il fut déporté au camp de concentration de Neuengamme où il décéda le 7 avril 1945. Émile Henry faisait part d’un groupe de Francs-tireurs et partisans français (FTPF), composé de Théo Le Nénan, Maurice Lagadec et Georges Ollitrault, qui eut une activité intense dans le Trégor. Il participa par exemple à un déraillement à Louargat le 10 janvier 1944, au lendemain de l’arrestation de son père. Il fut identifié par l’inspecteur Giutini quelques jours plus tard à l’issue d’un vol de vélos à Lanvellec et Plounévez-Moëdec (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), et d’une attaque à main armée le 15 janvier 1944 à Ploumilliau. Sa fiancée, Eulalie Marjo, avait été arrêtée le 29 février 1944 à La Croix-Joncourt en Loguivy-Plougras, en même temps que Mme Jouannet, tenancière d’un café-restaurant. Émile Henry fut arrêté le 6 mars 1944 à Plounérin (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) en compagnie de Charles Le Gallou alors qu’ils avaient envisagé de délivrer les deux femmes détenues à la prison de Lannion. Henry fut probablement dénoncé, car les Allemands l’ont nommé en l’interpellant. Il fut emprisonné à la maison d’arrêt de Guingamp puis à celle de Saint-Brieuc. Après avoir été sauvagement torturé, avec onze autres FTP tous originaires de l’ouest du département, le 5 mai 1944 il fut condamné à la peine de mort par la cour martiale du tribunal FK 665 à Saint-Brieuc « comme franc-tireur ». Durant la nuit qui précéda leur exécution, les douze FTP, incarcérés à la maison d’arrêt de Saint-Brieuc, chantèrent « La Marseillaise » et « L’le monument des fusillés et massacrés de L’Hermitage-LorgeInternationale » et d’autres chants repris par d’autres patriotes également détenus. Durant leur transfert sur le lieu d’exécution des témoins les entendirent chanter à nouveau. Les autorités allemandes exécutèrent Émile Henry avec ses onze camarades Marcel Bitaille, Eugène Cazoulat, Auguste Dugay, Maurice Lagadec, Arsène Le Bozec, Charles Le Gallou, Roger Madigou, Pierre Menguy, Jean Pleiber, François Prigent et Roger Quintric le 6 mai 1944 au camp de manœuvre des Croix en Ploufragan, par groupes de quatre entre 7 h 10 et 7 h 31. Dans l’après-midi vers 17 heures un groupe de sept FTP arrêtés à Plouaret furent fusillés au même endroit. Les dix-neuf corps furent enterrés sur place sans cercueil. Le décès d’Émile Henry fut constaté par un médecin allemand à 7 h 10, il avait 18 ans. Ces exécutions répondaient à une directive du maréchal Erwin Rommel qui, de passage à Quintin (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), au mois d’avril 1944, avait ordonné, devant la recrudescence des attentats commis par la Résistance, que soient appliquées les mêmes méthodes qu’en Russie. Le fait qu’elles furent annoncées par la presse régionale de Vichy met en évidence l’impact sur la population que les autorités d’occupation comptaient donner à l’événement. Quelques jours après l’exécution, le 12 mai 1944, une gerbe fut déposée au monument aux morts de Callac-de-Bretagne avec cette inscription : « Aux héros du 6 mai, fusillés par les boches. » Une oriflamme fut aussi accrochée au monument. Constatant que la population venait déposer des fleurs à l’endroit de la fusillade, les autorités allemandes, craignant sans doute d’autres manifestations de sympathie, firent exhumer les corps par la Croix-Rouge, puis les pompes funèbres de Saint-Brieuc les mirent dans des caisses en bois et les transportèrent à l’abri de tout regard dans la forêt de L’Hermitage-Lorge (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor). Après la Libération à la demande de Jean-Marie Madigou (père d’un des suppliciés du 6 mai 1944), Armand Tilly et Louis Lalès, originaires de Louargat (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), entreprirent des recherches pour retrouver les corps. Le 18 août, après une enquête assez longue, aidés par un cultivateur de Ploeuc-sur-Lié (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor) qui avait repéré, dans une clairière à cinq kilomètres du bourg de L’Hermitage-Lorge, des monticules de terre, ils exhumèrent dix-neuf « sépultures ». Passant outre à la réglementation préfectorale sur le transport des personnes décédées, les huit corps des suppliciés de Plouaret et de Louargat furent transportés dans leurs communes d’origine. Le CDL, prévenu de la présence des onze autres corps, dont celui d’Émile Henry, fit le nécessaire pour les rapatrier dans leurs localités respectives.
Le nom d’Émile Henry figure sur différents lieux de mémoire : sur Le monument des fusillés au camp de manœuvre des Croix en Ploufragan, sur Le monument des Martyrs à L’Hermitage-Lorge (lieu à proximité duquel furent découverts les corps), sur La stèle des cinq résistants FTP, rue des Martyrs-de-la-Résistance en Ploumilliau et sur Le monument cantonal de la Résistance à Plestin-les-Grèves.
Émile Henry fut inhumé au cimetière de Lannion. La déportation du père puis l’exécution du fils Henry créèrent une situation très tendue dans leur commune. Le maire, M. Guyomard, soupçonné de les avoir dénoncés fut abattu par la Résistance en juillet 1944. Les plaies de ces tragédies ne furent jamais vraiment refermées.
L’après-midi 7 FTP tous du secteur de Plouaret (Côtes-du-Nord ; Côtes d’Armor) furent condamnés à la peine de mort par le tribunal militaire allemand de Belle-Isle-en-Terre (Côtes-du-Nord ; Côtes d’Armor) et exécutés au même endroit : Arsène Faujouron, Eugène Daniel, Joseph Hénaff, Léon Le Guerson, Auguste Le Pape, Pierre Menou et Auguste Pastol.
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Site des Lieux de Mémoire du Comité pour l’Étude de la Résistance Populaire dans les Côtes-du-Nord
Sources

SOURCES : Arch. Dép. Côtes-d’Armor 2W33, 2W111, 2W113, 2W157. – Arch. l’ANACR-22. – Alain Prigent, Histoire des communistes des Côtes-du-Nord (1920-1945), Saint-Brieuc, 2000. – Alain Prigent, Serge Tilly, « Les fusillés et les décapités dans les Côtes-du-Nord (1940-1944) », Les Cahiers de la Résistance populaire dans les Côtes-du-Nord, no 12, 2011. – Serge Tilly, « L’occupation allemande dans les Côtes-du-Nord (1940-1944), Les Lieux de mémoire », Les Cahiers de la Résistance populaire dans les Côtes-du-Nord, no 10, 2004 et no 11, 2005. – Témoignage de sa sœur Simone. – Témoignage d’Armand Tilly.

Iconographie
ICONOGRAPHIE : Photo d’Emile Henry (archives de l’ANACR).

Alain Prigent, Serge Tilly

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