Né le 8 novembre 1914 à Peyrat-Château, lieu-dit Ballandé (Haute-Vienne), fusillé comme otage le 20 septembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; mécanicien, ouvrier maçon ; militant communiste de Malakoff (Seine, Hauts-de-Seine).

Plaque au 68 rue Paul Vaillant-Couturier à Malakoff
Plaque au 68 rue Paul Vaillant-Couturier à Malakoff
Fils de François, Armand Herpin, menuiser, et d’Angèle Lebessou, sans profession, François Herpin était en 1939 pensionnaire du sanatorium de Bligny (Seine-et-Oise). Réformé, il ne fut pas mobilisé pendant la guerre. Célibataire, il habita 68 rue Paul-Vaillant-Couturier et 2 rue Mirabeau à Malakoff, puis il demeura avec son père, veuf, au 9 rue d’Arcueil à Châtillon-sous-Bagneux (Seine, aujourd’hui Châtillon, Hauts-de-Seine).
Il travaillait en qualité d’ouvrier maçon aux usines Renault à Boulogne-Billancourt. Début août 1941, des sabotages furent commis dans les ateliers et des courroies de transmission des machines-outils furent sectionnées. La police française suspectant Francis Herpin d’être l’un des auteurs de ces actes, il fut interpellé sur son lieu de travail le 21 août 1941. René Anjolvy, responsable communiste, soupçonné d’être l’instigateur des actes de sabotage, fut arrêté.
La police perquisitionna au domicile de Francis Herpin, sans aucun résultat. Il fut cependant livré aux Allemands. Douze otages dont Francis Herpin furent choisis par les Allemands en représailles au meurtre du capitaine Wilhelm Scheben à Paris. Francis Herpin fut passé par les armes le 22 septembre 1941 à 8 heures au Mont-Valérien.
Le jour même la presse collaborationniste (Le Matin et Le Petit Parisien) publiaient un « Avis » avec les douze noms et un avertissement signé de Von Stülpnagel, commandant militaire pour la France : « J’attire l’attention sur le fait qu’en cas de récidive un nombre beaucoup plus considérable d’otages sera fusillé. » L’« Avis » voisinait avec le compte rendu des obsèques de Scheben qui s’étaient déroulées la veille en l’église de la Madeleine.
Une plaque est apposée au 68 rue Paul-Vaillant-Couturier à Malakoff, où Francis Herpin fut domicilié.
Des recherches effectuées en 2019 par Laurent Dingli aux Archives de Paris éclairent d’un jour nouveau les circonstances de l’arrestation de Francis Herpin.
Lucien Carpentier, chef de l’atelier 93 des usines Renault fut inculpé par le Comité régional interprofessionnel d’épuration (CRIEE) de la Seine pour l’arrestation de l’ouvrier Francis Herpin, qui avait été fusillé par les Allemands en septembre 1941. Il fut finalement relaxé ; l’enquête prouva en effet que non seulement il fut destinataire de la dernière lettre (très poignante) envoyée par Herpin une heure avant son exécution, mais que l’arrestation de ce dernier avait eu lieu indépendamment de Lucien Carpentier, pour ses activités communistes, manifestement surveillées et connues depuis un moment par les mouchards de l’usine : Allegret, surveillant général de Renault, déclara [le 31 janvier 1946] : « On avait l’ordre de M. Duvernoy [Henri Duvernoy, directeur du personnel de la Société anonyme des usines Renault] de ne pas marquer les motifs de départ, sabotage ou vol, mais il y avait de très nombreux mouchards. Aucun policier français n’est venu demander Herpin au bureau, ce qu’ils faisaient toujours. »
« Rien ne s’est passé dans l’usine. M. Belleguey, membre du comité d’épuration, a fait une enquête dans les services de police de Boulogne et à la préfecture de Police et n’a jamais trouvé le nom d’Herpin. Le maçon-cimentier Bourdessoule affirma quant à lui : « Un surveillant, le 25 août 1941 à 11h30, a demandé Herpin pour le conduire Place Nationale. Il a été mené à son vestiaire où on a trouvé un morceau de courroie. Il n’a pas reparu après le déjeuner. Huit jours avant sa disparition, j’ai vu Herpin coller des tracts dans les W-C et distribuer des journaux. Je lui avais dit de se méfier. S’il n’y avait eu que la courroie, il serait revenu au travail. »
Cordier, chef d’équipe : « Un jour, vers midi, un surveillant m’a demandé où travaillait Herpin et qu’il y avait [sic] des inspecteurs de police qui le cherchaient. » Le procès-verbal de la séance du CRIEE poursuit en ces termes : « D’après ces deux témoignages il était donc recherché avant la découverte de la courroie. » Bourdrel, chef de bureau à l’atelier 93, précisa : « Herpin (maçon) a travaillé à l’usine jusqu’au 25 août à midi. L’avis de départ que j’ai signé est du 26 août, soit le lendemain. Sa disparition du 25 est antérieure de 24 heures à 28 heures à la confection du rapport du 26. Son arrestation ne peut donc pas être la conséquence du rapport de surveillance. Pour éviter tout ennui à Herpin, aucun motif n’avait été indiqué pour son départ. »
« Enfin, Henri Duvernoy, directeur du personnel : « Il avait donné à Allegret le conseil formel de ne pas déposer de plainte contre Herpin. Il y avait de nombreux mouchards à l’usine ; c’est l’un d’eux qui a dû dénoncer Herpin. »
Sources

SOURCES : Arch. PPo. 77W 2320. ADP (Archives de Paris) 102 W 41, dossier Lucien Carpentier. – Arch. DAVCC Caen, B VIII dossier 2 (notes de Thomas Pouty). – Le Matin, Le Petit Parisien, 22 septembre 1941. – Serge Klarsfeld, Le livre des otages, ÉFR, 1979. – Site Mémoire des Hommes. – Site GenWeb. – État civil.
Laurent Dingli, Jacky Ehrhardt, L’Industrie en guerre, 1936-1947, à paraître.

Jean-Pierre Besse, Laurent Dingli, Daniel Grason

Version imprimable