Né le 5 novembre 1910 à Paris (XVIIIe arr.), fusillé comme otage le 7 mars 1942 à Carlepont, près de Compiègne (Oise) ; ouvrier et dessinateur industriel dans la construction électrique de France (CEF) ; dirigeant de la Jeunesse communiste (JC) à Paris et à Lyon.

Dernière lettre de Pierre Rigaud, 7 mars 1942
Dernière lettre de Pierre Rigaud, 7 mars 1942
Les parents de Pierre Rigaud étaient des enfants de petits cultivateurs : le père, garçon boucher, mourut pendant la guerre alors que lui-même n’avait que cinq ans, sa mère était corsetière. Sa sœur Thérèse fut une active militante communiste. Après avoir reçu une instruction primaire, Pierre Rigaud suivit jusqu’en 1926 un enseignement professionnel dans la branche mécanique-ajustage à l’école pratique d’Évreux (Eure), puis à l’école professionnelle de La Martinière à Lyon (Rhône). Il dut, pour des raisons financières interrompre ses études et tenta de suivre plusieurs fois des cours professionnels, soit du soir (électricité) soit par correspondance (École des travaux publics, École centrale de TSF, cours de moteurs d’avions et résistance des matériaux). Mais il dut aussi abandonner, pris par des tâches militantes ou par nécessité financière. Ce sont, dit-il dans son journal à la date du 11 mai 1933, surtout ces désillusions et difficultés familiales « qui l’amenèrent d’abord à des conceptions anarchisantes, que la lecture de l’Humanité dès 1925 parvint à dissiper ». Par ailleurs, il avouait lire très peu dans l’ensemble et n’avoir jamais étudié sérieusement les quelques ouvrages de Marx et Lénine qu’il avait lus. Il avait fréquenté entre dix et douze ans les patronages catholiques et il avait, à Lyon, un oncle membre du Parti communiste qui avait été candidat de son parti aux élections municipales de 1924 avant de cesser de militer.
Après quatre années de lecture de l’Humanité, lors de la campagne électorale d’avril 1928, au cours de laquelle il participa à un collage d’affiches, Pierre Rigaud adhéra aux JC. Il fut secrétaire de la cellule de la JC de Villeurbanne (Rhône) en décembre 1928, puis membre du comité de rayon de Lyon, et devint en mars 1930 secrétaire permanent de la région lyonnaise de son organisation. Il avait été invité au VIe congrès de Saint-Denis du Parti communiste en avril 1929. Il travailla dans diverses usines de construction électrique de la région lyonnaise, en particulier à Villeurbanne de 1926 à 1929, et il fut souvent licencié pour son activité – par exemple, en mars 1929 renvoi de la SCE, puis fin avril 1929 de chez Pétrier-Tissot. Enfin il travailla de mai 1929 à mars 1930, date où il cessa son activité, aux carburateurs Zénith à Lyon. Pendant cette période, il participa à de nombreuses grèves ou manifestations de rue : grèves des CEF à Vénissieux (Rhône) en mars 1929, des jeunes verriers de Rive-de-Gier (Loire), des mineurs de la Loire en juin 1930 et mars 1931, des métallos d’Oullins (Rhône) en juillet 1930, des textiles de Cours (Rhône) de février à avril 1931. Pierre Rigaud fut arrêté début juillet 1930 au Chambon-Feugerolles (Loire) et fit dix jours de préventive ; il fut aussi poursuivi pour son action contre la guerre, question sur laquelle il écrivit plus spécialement tracts, affiches, articles et une brochure, Sous la botte du militarisme. Membre de la Fédération sportive du travail (FST), des Amis de l’URSS, du Secours ouvrier international et du Secours rouge international, du groupe théâtral La Rouge prolétarienne, il milita aussi dans la CGTU au syndicat des métaux de Lyon (il devint membre de la commision exécutive) et exerça les fonctions de secrétaire des Jeunes syndiqués des métaux de Lyon puis de ceux de l’UR-CGTU d’avril 1929 à mars 1930.
Pierre Rigaud fut appelé à Paris en avril 1931 en tant que membre permanent du bureau de la Fédération des JC. Responsable du travail antimilitariste, il fut, dit-il, « par cette branche lié au groupe Barbé-Billoux ». Il prit part le 19 juillet à l’assemblée générale de l’Amicale des conscrits. Désigné en avril 1932 pour représenter la JC française au congrès de la Fédération des JC en Espagne, il fit en vain le voyage sous l’identité de Pierre Lesage, en vain car le congrès ne put avoir lieu. Il avait donné son adhésion en avril au Parti communiste et il représenta la JC à la conférence du parti de 1932. Membre du comité central de la JC, il participa du 11 au 16 juin, à Montigny-en-Gohelle (Pas-de-Calais), au congrès de son organisation à l’issue duquel il entra au bureau du secrétariat. Ayant la responsabilité du journal L’Avant-Garde, il fit de fréquentes tournées en province.
Secrétaire des JC pour la région Paris-Ouest à partir de novembre 1932, Pierre Rigaud fut délégué en septembre 1933 au congrès des Jeunes contre la guerre et le fascisme qui eut lieu à Paris, à la Mutualité (VIe arr.). Fin 1934, il fut envoyé à Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), où, dessinateur industriel chez Bréguet, il participa à la création de nombreuses cellules communistes. En décembre 1935, il devint permanent et eut la charge du secrétariat particulier de Maurice Thorez, qu’il conserva jusqu’à la guerre. Il habitait alors à Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne) dans les HBM 40 rue Marat.
Réformé, Pierre Rigaud fut néanmoins mobilisé en 1939 à Nîmes (Gard) et servit dans un Régiment d’artillerie coloniale. Démobilisé en août 1940, il retrouva sa place chez Panhard, qui l’avait embauché au lendemain de la dissolution du Parti communiste. ll fut arrêté le 5 octobre 1940 sur son lieu de travail pour propagande clandestine, mais surtout pour avoir été le secrétaire de Maurice Thorez. Il fut interné successivement à Fontevrault-l’Abbaye (Fontevraud, Maine-et-Loire), à Clairvaux (Aube) puis, en janvier 1941, à Châteaubriant (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), où il tint un journal de la vie du camp, et, le 8 février, au camp de Compiègne. Désigné comme otage en représailles à l’attentat contre un soldat allemand le 1er mars 1942 à Paris, Pierre Rigaud a été fusillé le 7 mars 1942 à Carlepont avec Corentin Cariou et Baptiste Rechossière.
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – Arch. Nat. F7/13185. – Arch. PPo. 100. – Arch. Musée de la Résistance (notamment le journal de Pierre Rigaud, précieux témoignage sur la vie et l’état d’esprit des internés). – Arch. secr. d’État aux Anciens Combattants. – RGASPI, Moscou, Arch. du Komintern, no 495 270 896, autobiographie de 1933. – J.-M. Berlière, Franck Liaigre, Le sang des communistes, op. cit. – Guy Krivopissko, La vie à en mourir, Lettres de fusillés, Paris, Tallandier, 2003. – La Voix du peuple, 6 mars 1945. – Notes Maurice Moissonnier, René Lemarquis, Claude Pennetier. – Témoignage de Mme Pierre Rigaud.

Michèle Rault et Nathalie Viet-Depaule

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