Né le 6 août 1920 à Mers-les-Bains (Somme), fusillé à la citadelle d’Amiens (Somme), le 5 février 1944 suite à une condamnation à mort ; d’abord FTPF dans la Somme, puis au maquis de Barneville (Eure).

André Dumont
SOURCE : Arch. Mun de Petit-Quevilly.
À l’automne 1942, l’organisation départementale des FTP de Seine-Inférieure, dirigée par André Duroméa, chargea Albert Lacour et Maurice Mailleau de recruter de jeunes volontaires pour la lutte armée contre l’occupant. Ils rassemblèrent d’abord des jeunes de Petit-Quevilly, puis, après février 1943, des réfractaires au STO de Seine-Inférieure et de la Somme. L’organisation fournit à ce nouveau sous-groupe FTP du détachement Jeanne-d’Arc deux éléments militairement expérimentés : Jules Bridoux dit Michel, puis appelé Jacques Sady, responsable militaire FTP, et André Dumont, venu d’Amiens. Les deux hommes étaient les auteurs de l’attentat d’Amiens de décembre 1942 contre le mess des officiers allemands, qui fit 37 morts. Aussi, l’organisation les déplaça de la Somme vers la Seine-Inférieure pour assurer leur sécurité, car la police les recherchait. Ainsi le Mersois André Dumont (pseudonymes Fred, René), célibataire exerçant la profession d’électricien, était devenu un franc-tireur expérimenté, circulant sous la fausse identité de René Degardin. Il devint totalement clandestin au sens d’illégal en février 1943, et dire qu’il était un simple réfractaire au STO était bien en-dessous de la vérité car il avait acquis les qualités militaires requises pour la lutte armée.
Au printemps 1943, le nouveau patron des FTP de la Somme devint Gustave Avisse, venu du Havre en avril 1943. Il avait été échangé avec Julien Bridoux, devenu nouveau responsable militaire en Seine-Inférieure et dans l’Eure. Bridoux prit le commandement du groupe des FTP créé par Lacour et Mailleau. Gustave Avisse, après avoir agi en sa compagnie à Albert et Amiens. Il assura le transfert d’André Dumont vers Rouen, où il rejoignit le détachement Jeanne-d’Arc en juin 1943. Celui-ci prit alors part à la plupart des actions du groupe de FTP, à partir du début juin 1943 jusqu’à la chute finale du groupe, le 24 août 1943, à la grotte de Barneville.
Pour prendre connaissance de l’historique du maquis de Barneville, on consultera la notice d’Albert Lacour qui dirigeait ce groupe.
André Dumont fut arrêté dans cette commune, en compagnie de ses camarades, le soir du 24 août 1943. Blessé lors de l’attaque, il fut interné dans la section allemande de la prison de Bonne-Nouvelle à Rouen. Questionné par les policiers de Rouen du service de l’inspecteur Alie, André Dumont reconnut avoir participé à une dizaine d’actions dans les derniers mois d’existence de sa section FTP, en Normandie. Il se présenta comme un simple réfractaire au STO depuis février 1943 qui avait quitté la Somme pour se cacher en Seine-Inférieure.
Dans un second temps, il fut transféré dans la prison de la citadelle d’Amiens pour ses actions commises dans la Somme. André Dumont fut déféré le 26 janvier 1944 devant le tribunal militaire allemand FK 580 de la ville, et condamné à mort. Malgré le recours exposé par la Délégation générale du gouvernement dans les territoires occupés (DGTO) le 3 février 1944, un peloton d’exécution allemand le fusilla le 5 février 1944 dans la citadelle, à 8 h. 30. Six mois après les FTP fusillés le 8 novembre 1943 à Rouen, il fut le neuvième et dernier du maquis de Barneville à être exécuté. Au moment de sa mort, André Dumont était chef du détachement FTP, avec le grade de lieutenant (selon un courrier de 1945 de la Fédération nationale des anciens de la Résistance).
À la Libération, sous l’impulsion des maquisards survivants et de la ville de Petit-Quevilly (mairie PCF), un comité pour le souvenir du maquis de Barneville fut fondé, organisant chaque année à la fin du mois d’août une cérémonie du souvenir à la grotte du même nom. Face à son entrée, une stèle du souvenir donne la liste des martyrs du groupe. André Dumont y est appelé René Dumont : cette inexactitude s’explique par le fait que son pseudonyme était l’unique prénom connu par ses camarades.
Il habitait au 126 rue d’Ault à Mers-les-Bains. En 1945, cette voie prit le nom André-Dumont, « Mort pour la France » (nom absent de la base Mémoire des hommes) à vingt-quatre ans.
André Dumont avait adressé une dernière lettre à ses parents, dont une copie est conservée au musée de Tergnier :
« Chers parents -
L’heure a sonné à l’horloge du Destin. Il est 6 h 30 et je vais être exécuté tout à l’heure à 8 h 30 : Je saurai mourir fièrement pour la France. Pour moi ce n’est qu’un mauvais moment, mis vous il reste de longues heures à pleurer.
J’espère que mon frère sera bientôt de retour et que cela vous apportera un peu de consolation. Geneviève par ses caresses et son babillage mettre quelque joie dans votre cœur bien triste - Peut-être n’ai-je pas été toujours le fils bien obéissant et aussi n’avez vous pas eu avec moi toutes les joies que vous pensiez en attendre ; je le regrette très sincèrement.
Aussi j’ai assisté à la messe. l’abbé est très aimable et peut-être vous reverrai-je là-haut.
Embrassez bien fort les nôtres pour moi et une pensée va vers tous nos amis pour la France.
Je vous dis adieu et vous embrasse de tout cœur.
André Dumont Votre fils.
Mers les Bains - Vive la France ».
Sources

SOURCES : DAVCC, Caen (Notes J.-P. Nicolas). Arch. Dép. Seine-Maritime, dossier Policier Alie de Rouen 1943, Inculpés-Barneville ; Bilan des actions du groupe avec noms des participants ; Interrogatoire d’André Dumont à Rouen (sans cote). Arch. Dép. Seine-Maritime, documents sonores 1940-1944 : entrevues (1982) avec les anciens FTP Gustave Avisse et André Duroméa, avec Ferdinand Delrot (1983) et Christian Sénard (1991) rescapé de Barneville. Arch. mun. Petit-Quevilly. – État civil. Dernière lettre (musée de la Résistance de Tergnier– Notes Michel Croguennec. – Michel Croguennec, 1943 : Petit-Quevilly au temps du maquis de Barneville, Arch. Petit-Quevilly, 2013. – Hommage aux fusillés et aux massacrés de la Résistance en Seine-Maritime. 1940-1944, édité par l’Association départementale des familles de fusillés de la Résistance de Seine-Maritime (1992). – André Duroméa raconte, Messidor, 1987. – Fernand Châtel, Le maquis de Barneville, Petit-Quevilly, 1967.

Jean-Paul Nicolas, Frédéric Stévenot

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